Le programme en version pdf.

Pour des raisons de sécurité, l’inscription gratuite mais préalable est obligatoire par courriel en écrivant à rt14.afs@gmail.com avant le dimanche 13 novembre 2016, dernier délai. Une pièce d’identité sera requise.

JEUDI 17 NOVEMBRE

8h30 Accueil

9h Introduction du colloque

  • Un.e représentant.e de la Région Île-de-France
  • Emmanuelle Guittet (Cerlis, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Université Paris Nanterre) – coordinatrice du colloque
  • Muriel Mille (Printemps, UVSQ)

9h20 - 10h30 Session 1 : Anticiper la réception dans la production médiatique

Discutante : Muriel Mille (Printemps, UVSQ)

Laurent Camus (CEMS-IMM, i3-Télécom ParisTech), Le réalisateur comme spectateur. Voir et mettre en images la douleur en direct

La présente contribution interrogera la distinction entre émission et réception des images télévisuelles en s’intéressant empiriquement au travail collaboratif de réalisation d’un événement sportif en direct et en montrant comment celui-ci suppose la mise en œuvre à la fois de compétences ordinaires de spectateur et de compétences perceptives normées liées à cette activité professionnelle de mise en images. Lorsqu’un événement est filmé en direct à plusieurs caméras, comme c’est notamment le cas pour les rencontres sportives, la production de l’événement est opérée dans les conditions temporelles de son déroulement et, donc, de sa perception simultanée par les producteurs et les téléspectateurs. Autrement dit, le réalisateur de direct n’est pas placé dans une position d’antériorité perceptive du programme qu’il produit vis-à-vis des téléspectateurs. En tant que médiateur, il est ainsi dans le même temps le producteur de l’événement et membre de son public. C’est à ce mouvement réflexif de production et de perception des images de l’événement en direct que je m’intéresserai ici. Je m’appuierai sur une enquête vidéo-ethnographique menée en régie auprès de réalisateurs et techniciens de la chaîne Canal + lors de la production de matches du championnat de France de football et m’intéresserai en particulier à la manière dont la douleur d’un joueur sur le terrain est perçue à travers les écrans de la régie et au travail par lequel cette douleur apparaît comme un phénomène pertinent pour la narration du match.

Valentina Grossi (LIER-IMM, EHESS), Mais que veut donc le public ? Suppositions et incertitudes sur les récepteurs dans trois entreprises de presse

À partir d’une enquête ethnographique réalisée pendant notre thèse – portant sur la production d’images d’actualité – nous nous proposons d’analyser la façon dont les publics sont évoqués et stabilisés à l’intérieur des service photo de trois entreprises de presse : l’agence France-Presse (une agence de presse), Libération (une rédaction « papier ») et Le Nouvelobs.com (une rédaction web). Comme cela a été repéré par plusieurs sociologues des médias et du journalisme (cf. par exemple Neveu, 2004), les « producteurs » ne sont en contact avec les « récepteurs » que ponctuellement, à travers des dispositifs de médiation particuliers (ex : le courrier des lecteurs), permettant en quelque sorte d’ « incarner » le public à l’intérieur d’une entreprise médiatique. Nous nous proposons donc d’observer la manière, pour les professionnels de chacune des rédactions mentionnées, d’invoquer, de désigner et de « stabiliser » le public en situation. Nous verrons ainsi que les formes que celui-ci est appelé à revêtir dépendent de plusieurs paramètres, et notamment du poids des logiques économiques, de l’usage qui est fait des dispositifs techniques conçus pour observer et interpréter ses comportements et ses préférences (chiffres de téléchargements à l’AFP, chiffres de vente à Libération, données Chartbeat au Nouvelobs.com) ainsi que de la structuration plus ou moins hiérarchique de chaque rédaction.

10h30 – 11h Pause

11h – 12h45 Session 2 : Professionnels de la culture et publics : représentations et usages

Discutante : Marie Sonnette (ESO, Université d’Angers)

Marine Cordier (CeRSM, Université Paris Ouest la Défense), Émilie Salamero (CEREGE, Université de Poitiers), Magali Sizorn (CETAPS, Université de Rouen) et Céline Spinelli (UFPE). Les publics du cirque sous le regard des professionnels de la culture : le cas de Marseille-Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture

En prenant pour objet le regard porté par les programmateurs sur le cirque et ses publics, cette communication se propose d’analyser la manière dont ces représentations ont été mobilisées dans le cas de Cirque en capitales, évènement qui s’est déroulé début 2013 dans la région marseillaise. L’enquête collective menée dans le cadre du programme de recherche « Publics et pratiques culturelles de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la Culture » (Girel, 2015), a permis de montrer que les responsables des différentes institutions impliquées dans la mise en place de cet évènement prêtent au cirque une capacité à élargir leur audience en attirant le « grand public », voire en captant des spectateurs issus des classes populaires. Cette référence récurrente au public populaire n’est pas dénuée de certaines ambivalences dans un contexte de diversification des logiques de fréquentation du cirque avec l’arrivée de nouvelles esthétiques depuis la fin des années 1970. Ainsi la référence aux publics de cirque et à leurs attentes supposées s’est vue mobilisée par les professionnels pour justifier la mise en place d’un évènement spécifique, contribuant ainsi à la légitimation d’un art jusque-là peu représenté dans les précédentes capitales européennes de la culture. Le succès de fréquentation rencontré par l’évènement semble avoir en grande partie conforté les attentes des professionnels, même si aucune évaluation spécifique n’a été menée qui aurait permis de connaître l’origine sociale des spectateurs.

Marjorie Glas (IRIS, EHESS-ENS) « Emanciper le spectateur » : modes de justification et relation au public dans le théâtre public français, 1950-1980

Le champ théâtral français est profondément mû par la croyance en la fonction intrinsèquement sociale ou civique du théâtre. Avec pour référence le théâtre grec de la mimesis ou le théâtre shakespearien (le « théâtre du monde »), les agents du champ voient d’ailleurs dans le public une incarnation symbolique du peuple ou du monde social en général. Si le caractère universel du théâtre est un ressort de justification pour les agents œuvrant dans le champ (il permet notamment de justifier l’intervention publique en matière culturelle), la vocation sociale du théâtre se cristallise également autour de pratiques de mises en relation avec le public qui varient selon les contextes historiques, professionnels et la trajectoire des agents. Ainsi, le théâtre populaire des années 1950, le théâtre amateur des années 1960 ou le théâtre de subversion des années 1970 recoupent-ils autant de conceptions du public et du rôle du théâtre dans le monde social. A travers une analyse des modes de justification comme des pratiques développées autour de la figure du public, cette communication s’attache à saisir les évolutions qui ont affecté la relation entre artistes et public au sein du champ théâtral depuis une soixantaine d’années. Cette recherche représente en outre une contribution supplémentaire à la compréhension des formes d’engagement artistique.

Francesca Quercia (CMW, Université Lyon 2) « Habitants » ou « amateurs » ? Retour sur les processus de catégorisation des participants aux projets artistiques dans les quartiers populaires

Depuis une trentaine d’années, l’implication de la culture dans le secteur social n’a cessé de se renforcer. Avec la redéfinition des politiques culturelles et de la politique de la ville, les artistes se voient assigner des missions sociales : renforcer le lien social, contribuer au décloisonnement des quartiers et à l’intégration sociale des populations marginalisées. Parmi les différentes pratiques artistiques, le théâtre a souvent constitué un « outil de prédilection » (Hamidi-Kim, 2011, p. 36) dans des politiques nationales et locales, afin d’atteindre des finalités sociales et de démocratie participative (Blondel, 2011 ; Bureau, Perrenoud, Shapiro, 2009 ; Hamidi-Kim, 2013). Dans ce contexte, de nombreux groupes de théâtre proposent des projets avec les habitants et les quartiers populaires sont progressivement investis par une multitude de compagnies professionnelles. En s’appuyant sur une enquête ethnographique réalisée dans des compagnies de théâtre en Italie, cette contribution vise à comprendre dans quelle mesure la nécessité pour les metteurs en scène de s’inscrire dans des dispositifs d’action publique spécifiques influence la façon dont ils définissent et catégorisent les publics auxquels ils s’adressent, dans différents contextes d’interaction. Après avoir brièvement retracé l’histoire des politiques locales en soutien à l’action théâtrale dans les quartiers populaires, nous nous pencherons sur l’analyse d’un ensemble d’injonctions institutionnelles qui pèsent sur les compagnies de théâtre depuis une dizaine d’années (I). Nous verrons que, afin de répondre aux attentes des pouvoirs publics, les intervenants artistiques doivent se conformer à un ensemble de catégories (« habitants », « étrangers », « populations fragiles » etc.) et finissent par « enfermer » les publics auxquels ils s’adressent dans des classifications relativement figées. Ces processus engendrent des multiples tensions à l’intérieur des associations, certains participants ne se reconnaissant pas dans les catégories qui leur sont assignées (II).

12h45 – 14h15 Déjeuner

14h30 – 15h45 Session 3 : Ce que la réception fait aux publics 

Discutante : Emilie Saunier (ELLIADD, Université de Franche-Comté)

Viviane Albenga (MICA, Université Bordeaux Montaigne) Comment saisir les effets performatifs de la lecture ? Rapports de genre, sociabilités et capital culturel

Cette communication aborde la question des effets des pratiques de lecture sur les trajectoires biographiques à partir des enjeux liés aux rapports de genre ainsi qu’au capital culturel investi dans ces pratiques. En s’appuyant sur une enquête réalisée sur trois cercles de lecture lyonnais, par observation et réalisation de 42 entretiens biographiques, nous présenterons les effets de la lecture en termes de construction du genre et de mobilité sociale pour des enquêté.e.s appartenant aux classes moyennes à fort capital culturel. Nous nous situerons dans une approche sociologique de la socialisation (Darmon, 2003) replaçant les pratiques de lecture comme « pratiques de soi » (Foucault) dans un espace des possibles de genre et de classe. Cette approche permet de montrer comment les pratiques de lecture sont à la fois inscrites dans des appartenances sociales, et contribuent en retour à transgresser des normes de genre ou encore à effectuer des mobilités. En premier lieu, nous montrerons comment les discours recueillis en entretiens et lors des observations mettent au jour différents types d’identifications (Jauss, 1978) aux personnages et aux auteur.e.s, identifications qui, confrontées aux trajectoires de vie des enquêté.e.s, révèlent des effets de genre par la lecture (Albenga, 2011). En second lieu, nous mettrons au jour les effets de ces identifications en termes de mobilités physique, identitaire et sociale pour les lecteurs et lectrices. Dans une dernière partie, nous reviendrons sur la comparaison effectuée entre cette enquête et celle de Laurence Bachmann auprès de femmes genevoises de classes moyennes à faible capital culturel (Albenga et Bachmann, 2015). Cette comparaison montre que ce n’est pas la détention du capital culturel en lui-même, mais plutôt la manière dont les socialisations l’actualisent, qui rend la lecture « performative ».

Juliette Engammare (IRCAV, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3) Familles de part et d’autre de l’écran : une enquête dans le Nord-Pas-de-Calais

Déclarer que les séries télévisées sont à la mode est un lieu commun. Mais c’est moins parce qu’elles ont dorénavant le vent en poupe, que parce qu’elles participent, par nature, et par l’usage qu’en font les familles, d’une forme de récurrence, d’un retour (deleuzien), que les séries télévisées font l’objet de cette étude. Puisque là encore il va sans dire que la famille est un sujet central des séries, il a semblé opportun de mener une enquête ethnosociologique (Lapassade, 1991) pendant trois ans au sein de sept familles du Nord-Pas-de-Calais pour tenter de découvrir comment les familles auxquelles s’adressent ces séries (La petite maison dans la prairie, NBC, 1974-1983, et Malcolm in the middle, FOX, 2000-2006) y réagissaient. Ainsi nous verrons que, pourtant bien distinctes et souvent en tension l’une par rapport à l’autre, ces séries sont étroitement liées au regard des modalités de leur diffusion, de leur contenu, et des discours des familles (fréquemment nostalgiques) les concernant. Il s’agira ici de penser la nostalgie à la manière d’une source de création. En effet, les sujets observés envisagent ces séries comme une ressource curative, point de départ d’une construction voire une reconstruction de soi, laquelle amène à la composition de situations singulières -- quelquefois aux allures de psychodrame, a fortiori en présence de l’enquêtrice -- de décors de scène (Goffman, 1973) et à la confection d’un patrimoine familial télévisuel.

15h45 – 16h15 Pause

16h15 – 17h30 Session 4 : Les médiations et leurs dispositifs

Discutant : Tomas Legon (CEMS-IMM, EHESS)

Florencia Dansilio (CREDA, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3) Le village comme plateau. Ethnographie de la réception d’Un Festival à Villeréal.

Suite à une recherche ethnographique menées en immersion, lors de deux éditions d’Un Festival à Villeréal, - en mobilisant différents outils de récolte de donnes : entretiens avec les habitants, observations participantes, questionnaires auprès des publics -, cette communication vise à présenter quelques résultats préliminaires de la réflexion sur les liens entre les artistes – en tant que population saisonnière, qui produit des biens culturels- et les habitants – en tant que population permanente, qui fait office de public pour les premiers résultat de cette résidence théâtrale. Cette rencontre de deux populations sociologiquement éloignés, celle des jeunes professionnels du spectacle vivant et celle des villageois ayant un accès à la « culture légitime » très restreinte, met en évidence les clivages typiques de la détention différentielle de capitaux culturels, mais questionne également certaines prémisses de la sociologie des publics sur les critères de la formation du goût. Comment les habitants de Villeréal reçoivent ils ces créations issues des compagnies qui sont parfois à la pointe du jeune théâtre français, quand la plupart d’entre eux, ont une maigre fréquentation du théâtre ? Existe-t-il un échange artistique -soit pendant les processus de création, soit après les instances de représentation - entre ces deux populations ? La mise en place d’une sorte de « sociabilité coopérative » entre les artistes et les habitants est un des objectifs que la résidence essaye de développer au fil des années. Or, comment cette sociabilité influence la réception des œuvres ? Pour cela, nous allons présenter d’abord une typologie du public d’Un Festival à Villeréal, ainsi que la définition de ce que nous appelons « sociabilité coopérative » pour ensuite analyser les différentes modalités de réception des pièces théâtrales que nous avons répertoriés, en essayant d’identifier les conflits qui émergent de cette rencontre.

Cosmina Ghebaur (Lemme, Université de Liège) Le cinéma et sa médiation en éducation permanente. Une étude de réception

Jusque dans les années 1980/1990, les politiques culturelles privilégient en Belgique francophone le référentiel de la démocratie culturelle ; on assiste ensuite à une « revalorisation » des beaux-arts (Genard 2013, 2014), y compris dans le secteur de l’éducation permanente historiquement construit pourtant sur la « séparation forte », voire « l’antagonisme » avec la culture cultivée (Genard 2010). Alors que des dispositifs institutionnels sont mis en place pour rapprocher des publics et des œuvres, comment se fait-il que certains de ces dispositifs contribuent au contraire à nourrir des réticences et résistances et à fabriquer ainsi des « non-publics » (Ancel & Pessin 2004) ? Cette communication s’intéressera à la médiation mise en œuvre par des professionnels de l’alphabétisation pour adultes – le terme médiation est entendu au sens très large d’ensemble de couches (discours, pratiques, interactions, etc.) qui viennent s’interposer entre des publics et des œuvres. Je prendrai l’exemple d’un film sur l’excision proposé à des immigrés non-européens des classes populaires et analyserai les séances de préparation organisées par des formatrices de plusieurs associations bruxelloises. L’idée sera d’essayer de saisir ce qui, dans la médiation instaurée, est susceptible de nourrir chez les spectateurs des représentations pouvant conforter, légitimer ou ancrer l’absence de pratique cinématographique. Cela revient à aborder la réception comme « adresse » (Servais 2015) et le dispositif de médiation lui-même en tant qu’il pose, figure ou construit socialement ses destinataires.

VENDREDI 18 NOVEMBRE

9h – Accueil

9h30 – 10h45 Session 5 : Légitimité des objets, légitimité des réceptions

Discutant : Samuel Coavoux (ESCOL, Université Paris 8)

Alban Chaplet (CESSP-CSE, EHESS) De quoi et comment rient-ils ? Éléments d'analyse du rire étudiant.

Cette communication vise à dégager quelques principes qui commandent les goûts humoristiques, en fonction des caractéristiques sociales des individus. L’enquête, réalisée par questionnaire auprès d’étudiants, examine si à l’origine sociale, au sexe et à l’engagement politique des étudiants sont associés des variations marquées en termes de consommations et de goûts humoristiques. Si l’on a transposé au rire des formes de questionnements classiques en sociologie de la culture, une attention plus grande que d’ordinaire a été portée aux modalités des pratiques et aux modes d’appropriation des œuvres. Pour saisir les logiques sociales des goûts, les manières de consommer sont souvent aussi importantes – et socialement différenciées – que les biens consommés. Dans un premier temps, seront examinées les différentes préférences en matière d’humour – « lowbrow art par excellence » (Kuipers, 2006, p.374) – au prisme des caractéristiques sociales des étudiants. L’enquête montre que les ressources économique et culturelle héritées et la socialisation genrée produisent des goûts et des catégories de classements en matière d’humour. Dans un second temps, l’analyse s’attachera aux modes d’appropriation des œuvres. Quatre univers de pratiques ont été définis statistiquement entre lesquels des différences sociales nettes se font jour. Certains se caractérisent par une multiplicité dans les modes d’appropriation, d’autres par des formes d’appropriation spécifiques et privilégiées. Certains goûts humoristiques apparaissent alors comme relevant d’univers de pratiques particuliers.

Wenceslas Lizé (GRESCO, Université de Poitiers) Comment peut-on être « fan » d’un genre légitime ?

Dans les travaux sur la réception, la figure de l’amateur éclairé s’oppose souvent à celle du fan. Mais au fond, qu’est-ce qui distingue les modes d’appropriation caractéristiques de ces deux figures culturelles ? Cette communication propose des éléments de réponse en partant du rapport au jazz d’un collectif de jazzophiles chevronnés auprès desquels j’ai mené une enquête ethnographique. Les pratiques de ces habitués des premiers rangs sont examinées de façon à faire apparaître un phénomène paradoxal, celui de l’hétérogénéité entre les préférences et le comportement culturel. Alors que leurs goûts les orientent vers les productions et les lieux culturellement légitimes du jazz, l’intensité de la pratique, l’assiduité et la volonté de ces amateurs d’arriver systématiquement les premiers pour s’approprier les places des premiers rangs ne sont pas sans évoquer cette modalité jugée obsessionnelle de la passion qui caractérise les fans. Il s’agira pour finir de se demander si cette modalité cultivée du rapport « fan » à une musique légitime peut être rapportée aux propriétés sociales et à la position relative de ces passionnés au sein du public du jazz.

10h45 – 11h15 Pause

11h15 – 12h30 Session 6 : Expériences socialisatrices et réception

Discutante : Anne Bessette (Cerlis, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

Morgane Maridet (Cerlis, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3) « Le texte, une espèce d’entité » : évolution des façons de lire et de percevoir les textes chez les étudiants des classes préparatoires littéraires

Cette communication, basée sur une recherche doctorale achevée en 2016, revient sur la façon dont l’expérience de la classe préparatoire littéraire marque un tournant dans la carrière de lecteur des étudiants. A partir d’une enquête composée essentiellement d’entretiens semi-directifs avec des étudiants et anciens étudiants de CPGE littéraire d’Île de France, on cherche à montrer comment cette formation est à l’origine de, outre un réseau de sociabilité ou le partage de références communes, la construction de catégories d’analyse et de classement des textes. En reprenant la distinction opérée par F. Renard (2013) au sujet des façons de lire des élèves de Seconde (lecture pragmatique / lecture analytique), il s’agit de voir ici comment s’élabore ici un rapport au texte analytique qui procède de la construction d’une « lecture esthète » (Mauger et al., 1999), qui est une façon de lire mais aussi de considérer le texte – et plus particulièrement la littérature – comme objet d’étude. Les étudiants des classes préparatoires décrivent ainsi leurs années de CPGE comme l’accession à un rapport plus « expert » à la lecture : il s’agit de pouvoir extraire de tout texte les connaissances, les raisonnements ou les contenus nécessaires pour les réinvestir dans des réflexions ou productions diverses.

Caroline Marcoux-Gendron (DPMQ/OICRM, INRS) Auditeurs en migration : retracer les usages et significations des musiques au fil du parcours migratoire

Dans un contexte mondial de mobilité accrue des individus comme des biens symboliques, des auteurs proposent de réinterroger les logiques d’organisation des goûts et pratiques culturelles en tenant compte de l’origine des individus au même titre que leur niveau d’éducation, sexe, âge, etc. (par ex. Bennett et al. 2009; Coulangeon 2007; DiMaggio et Ostrower 1992). Cette approche peut cependant souffrir de lacunes, notamment en traitant l’origine de manière monolithique ou en ne tenant pas compte de l’effet croisé d’autres facteurs sociodémographiques. En outre, ces réflexions négligent parfois de considérer l’effet de l’expérience migratoire sur les goûts et pratiques, paramètre pourtant important lorsqu’on envisage la participation culturelle tel un processus construit tout au long du cycle de vie. En ce sens, le moment charnière de la migration peut s’accompagner de transformations dans les goûts et pratiques, leurs usages et significations. Cette communication explorera le potentiel d’une approche du goût musical et des pratiques culturelles d’individus migrants davantage arrimée à leur expérience migratoire. Des entretiens sous forme de récits de vie auprès d’auditeurs experts que sont des musiciens ayant immigré à Montréal ont permis de retracer leurs parcours sur les plans spatial, social, culturel comme proprement musical. Les différents « temps de la réception » (Djakouane 2011) chez ces individus témoignent du caractère mouvant de leur rapport aux musiques, mais aussi des négociations et reconfigurations de leurs multiples dimensions identitaires (Stokes 1994). En somme, étudier la réception musicale à l’aune du parcours migratoire permet de mieux saisir la formation des usages et les significations que ces auditeurs confèrent aux musiques.

12h30 – 14h Déjeuner

14h – 15h45 Session 7 : Réception et sociabilités

Discutante : Emmanuelle Guittet (Cerlis, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Université Paris Nanterre)

Clémentine Berjaud (CESSP-CRPS, Université Paris I Panthéon-Sorbonne) Proposition pour repenser le « Two-step flow » à l’aune de la domination

Cette communication a pour objectif de revenir sur la question classique des effets de la communication politique du point de vue de la sociologie, à partir du cas du Venezuela d’Hugo Chávez. L’enquête dont elle est issue, menée durant plusieurs années, visait à proposer un modèle d’analyse des réceptions de discours politiques télévisés à partir d’une explication par le social. Dans le cadre d’un contexte où la parole présidentielle se reflétait, comme démultipliée, sur tous les écrans du pays (on compte près de 2600 discours sur la période 1998-2012 pour plus de 3500 heures de direct), le travail effectué se caractérise par une attention accrue aux modalités concrètes et pratiques de la réception des messages politiques médiatisés du côté du public. Cette proposition porte plus précisément sur l’ancrage des réceptions dans les sociabilités et les interactions ordinaires des publics. Ceux-ci ont été étudiés au concret, déconstruits et replacés dans leurs ancrages sociaux, permettant ainsi de mieux saisir les conditions et les implications sociales et collectives des réceptions des discours politiques. Le dispositif empirique multimodal se déploie autour d’entretiens collectifs avec supports, représentant un total de 103 enquêtés répartis en 29 groupes dits « naturels », d’entretiens individuels compréhensifs, approfondis et pour partie panélisés, d’observations ethnographiques ou plus ponctuelles et complété par la passation de questionnaires pour chaque participant. En termes de construction de l’échantillon, le principe de diversification a été retenu, en prenant notamment en compte les positions dans l’espace social (de l’agricultrice au niveau scolaire primaire à l’avocat ou au médecin surdiplômé en passant par des habitants d’un bidonville et nombre de situations plus intermédiaires) et les relations interpersonnelles (réceptions familiales, entre amis proches, voisins, et entre collègues de travail). Cette approche, par le bas, permet alors d’éclairer autrement la question des effets chère à Lazarsfeld : en re-sociologisant les notions de groupe primaire et de leader d’opinion.

Maylis Nouvellon (Centre Norbert Elias, École du Louvre, UAPV, UQAM,) Jeunes et musées : la recommandation de la visite au sein des cercles de sociabilité

Cette communication se situe dans une approche globale de l’expérience muséale, considérant que celle-ci ne se limite pas au temps et au lieu de la visite ni ne se résume à un usage didactique ou esthète du musée. Nous nous intéressons à l’inscription de la visite muséale dans les cercles de sociabilité et à la manière dont celle-ci structure les usages du musée chez les jeunes générations de visiteurs. Pour cela, nous nous appuyons sur deux enquêtes. La première est statistique et a été menée par le ministère de la Culture auprès des visiteurs de 18 à 25 ans bénéficiaires de la gratuité. Elle interroge, entre autres éléments, l’activité de conseil et de recommandation de la visite que certains visiteurs exercent auprès de leur entourage ou qui, pour d’autres, a fonctionné comme motivation à la visite. La seconde enquête – enquête qualitative menée auprès d’une trentaine de jeunes adultes diversement familiers des musées – met en perspective ces données en interrogeant la place qu’occupe la visite muséale au sein des cercles de sociabilité de ces jeunes : avec qui choisit-on de visiter, dans quel(s) contexte(s) et à quelle(s) fin(s) ? En montrant qu’on ne visite ni indifféremment ni de la même manière avec chacun des membres de son cercle de sociabilité, ces enquêtes mettent en lumière le rôle que les visiteurs endossent dans la diffusion de cette pratique et les stratégies dont ils usent pour ce faire.

Fabienne Soldini (LAMES, CNRS/AMU) Réception et sociabilité en ligne : les web clubs de lecteurs

Ma communication porte sur les formes de sociabilité lectorale en ligne au sein de cinq sites web de communautés de lecteurs, sociabilité qui est essentiellement discursive et revêt deux formes, une sociabilité discursive formelle, régie par les contraintes d’écriture spécifiques à chaque site qui organisent les mises en discours des réceptions, et une sociabilité discursive spontanée et réactive productrice de méta-réception et de métadiscours. La sociabilité discursive, qui n’implique qu’une part des lecteurs inscrits, est codifiée par un ensemble de règles. La mise en ligne d’une critique nécessite le respect d’un arsenal de contraintes d’écriture qui encadrent sa rédaction et qui distingue la sociabilité discursive des sites de lecteurs de la sociabilité conversationnelle des réseaux sociaux numériques. Ces normes donnent lieu à une sociabilité discriminante car favorisant les lecteurs dotés de solides compétences scripturales. Leur respect engendre peu d’interactions entre lecteurs. La sociabilité discursive spontanée qui s’exprime sur les forums revêt un aspect conversationnel et exprime des fortes interactions entre récepteurs. Au sein de ce vaste réseau de lecteurs s’organisent ainsi des groupes de lecteurs rassemblés par des affinités lectorales essentiellement génériques. Cependant le genre lu reproduit des variables sociales de distinction. Les sociabilités demeurent ségréguées et cloisonnées.

15H45 – 16h15 Pause

16h15 – 17h30 Session 8 : Attention et engagement des publics de séries télévisées

Discutante : Anne-Sophie Béliard (PACTE, Université Grenoble Alpes)

Clément Combes (PACTE, Université Grenoble Alpes) Visionner des séries télévisées : de l’écoute flottante à l’attention focalisée

Comment regarde-t-on une série télévisée ? Plus précisément, comment les spectateurs investissent-ils in situ les fictions télévisées qu’ils consomment ? Incidemment, de quelles façons les récents dispositifs de consommation audiovisuelle domestique et mobile (home cinema, tablette, smartphone, etc.) contribuent-ils à ces investissements attentionnels ? Prolongeant les analyses de Richard Hoggart sur l’« attention oblique » ou encore de Michel de Certeau sur le retrait progressif du corps du lecteur consécutif à l’essor de la lecture silencieuse, nous nous intéresserons au phénomène analogue de désengagement des corps téléspectatoriels lié à l’intensification des occasions de contact avec les écrans. La pénétration croissante des images animées dans notre quotidien les banalise, les désacralise. Aidés d’une palette de dispositifs techniques, les spectateurs se sont affranchis en partie de l’autorité du discours télévisuel. Mais ils ont pu tout autant s’y soumettre de plus belle : par exemple la télécommande peut être à la fois un instrument de mise à distance (zapping, coupure du son) que de (ré)engagement (hausse du volume sonore, prise d’informations sur le programme en cours). Nous verrons ainsi que la spectature sérielle se situe sur un continuum attentionnel allant de l’écoute flottante et dispersée à l’attention focalisée et investie, cette dernière souvent aidée par un aménagement ad hoc du cadre spectatoriel. La version regardée (VF, VOST…) est également une variable de ce continuum attentionnel.

Florence Eloy (Circeft-Escol, Université Paris 8), Sébastien François (LabEx ICCA) et Morgane Mabille (CEMS-IMM, EHESS) Les réceptions du feuilleton Plus belle la vie : de l’attention à l’engagement ?

Cette communication porte sur la question de l’attention et de ses degrés – notamment les réceptions dites « faibles » (Hoggart 1970 ; Passeron 2006) – dans le cadre de la consommation d’un feuilleton quotidien, ici Plus Belle La Vie. Plusieurs pratiques culturelles ont été analysées sous cet angle, de l’écoute de musique, qui a priori fait plus facilement office d’« activité secondaire » (Degenne et Lebeaux, 2003 ; DeNora, 2001) aux visites d’expositions artistiques où l’attention accordée aux œuvres est loin de toujours correspondre à l’idéal intensif de l’interprétation esthétique (Passeron & Pedler, 1991). En revanche, dans le cas de la réception des séries télévisuelles, l’entrée la plus fréquemment reste celles des communautés de téléspectateurs les plus investis, en particulier les fans, dont l’activité de réception est observée dans des contextes particuliers comme les situations de visionnage collectif (Bacon-Smith, 1992 ; Le Guern, 2002) ou individuels (Combes, 2015), laissant encore dans l’ombre une large part du spectre des réceptions et suggérant un lien fort et systématique entre intensité de l’attention et attachement à ce type d’objet culturel. Le cas de Plus Belle La Vie nous semble particulièrement heuristique pour mener ce type de réflexion sur les séries télévisuelles. En effet, sa très large audience – en moyenne 4,4 millions de téléspectateurs quotidiens (en 2014), auxquels il faudrait ajouter ses adeptes en replay – nous a permis de recruter aisément des enquêtés sans passer par le relais plus institutionnalisé de fan-clubs ou de sites de fans. En outre, le genre même du programme, le feuilleton comme sa place dans la grille de France 3 – vers 20h20, du lundi au vendredi – invite à s’interroger sur les formes de réception qu’il suscite, des plus assidues aux moins engagées, en lien ou en dehors du flux audiovisuel. Enfin, la longévité du feuilleton (près de 3 000 épisodes depuis 2004) a engendré des carrières de téléspectateurs parfois chaotiques, soumises aux évolutions scolaires et professionnelles des individus et à la modification de leurs structures familiales et de leurs sociabilités, ce qui donne à voir des modalités d’engagement et d’attention diverses. Dès lors, comment penser sociologiquement le lien entre l’attention portée à une série et l’engagement, sous ces différentes formes, qu’elle peut inspirer ? Comment celui-ci peut-il évoluer au cours de la trajectoire de téléspectateur, notamment à travers les fluctuations des sociabilités associées aux moments de visionnage, les éventuelles transformations des dispositifs techniques (replay, streaming, téléchargement) ou encore les usages sociaux qui sont faits ex post de la série ? Cette analyse se basera sur un travail collectif mené depuis septembre 2014 auprès de spectateurs de Plus Belle la Vie, et mis en place dans le cadre d’un atelier de recherche ayant pour objectif la formation à l’enquête sociologique. Il a permis de mener 24 entretiens et 14 observations (celles-ci étant dans la majorité des cas réalisées chez les personnes déjà interrogées, recrutées via des réseaux de proches) et de constituer un échantillon d’individus aux profils variés (en termes d’âge, de genre, et de classe sociale), et dont les pratiques sont loin d’être toutes régulières et assidues.

17h30 Conclusion du colloque

  • Samuel Bouron (IRISSO, Université de Paris-Dauphine) 
  • Emilie Saunier (ELLIADD, Université de Franche-Comté)

18h Cocktail de clôture